pourquoi certains salariés s’accrochent-ils à un emploi qui ne leur convient plus ?

#conseil #vie au travail

13 octobre 2026

Vous rêvez parfois de claquer la porte de votre bureau ? Mais entre le rêve et le fameux « Je vous informe de ma décision de démissionner », il y a un monde. Ce monde s’appelle l’incertitude. Et celle-ci peut pousser à s’accrocher à un poste avec la même ferveur qu’à une bouée de sauvetage. Analyse du phénomène et état des lieux du marché de l’emploi. 

Au sommaire : 

le “job hugging”, ce phénomène qui prend de l’ampleur. 

En France, l’envie de bouger existe encore, mais le passage à l’acte se grippe. En juin 2026, 38% des cadres envisagent de changer d’entreprise dans les 12 mois, mais seuls 13% projettent une mobilité dans les trois prochains mois (d’après le baromètre de l’Apec du 2e trimestre 2026). Et pour cause : 58% des cadres estiment que changer d’employeur, dans le contexte actuel, constitue un risque qu’ils ne sont pas prêts à courir. 

Ce phénomène porte un nom : le « job hugging » (encore une expression américaine aux airs de slogan, nous direz-vous !). Ce néologisme traduit pourtant une tendance de fond :  le fait de rester coûte que coûte dans son emploi, même lorsque celui-ci ne nous satisfait plus. Dans un article, le Wall Street Journal résume ce concept via une formule lapidaire : « Ils ne semblent pas heureux, ils ne donnent pas 100 % d’eux-mêmes… et pourtant, ils ne démissionnent pas ». 

Cette définition mérite toutefois d’être nuancée, car elle peut vite stigmatiser. D’autant que rester n’est pas toujours renoncer. Dans un marché incertain, il s’agit souvent d’un calcul de prudence : « Est-ce que je préfère un travail qui me convient moins qu’avant ou l’incertitude de ne pas en retrouver un qui me conviendra mieux ? » (Vous avez 4 heures ! 😉). 

rester : une stratégie plus défensive qu’attentiste ? 

Plus qu’une posture d’immobilisme, ce phénomène relève davantage d’une stratégie défensive. « Face à un contexte incertain, entreprises comme candidats avancent avec davantage de prudence. Les recrutements sont plus sélectifs, les mobilités plus réfléchies et certaines décisions différées », expose notamment Khaled Aboulaich, directeur général de Randstad professional dans le baromètre 2026-2027 des salaires cadres. 

À cette prudence s’ajoute aussi le fameux « FOBO » pour « Fear of Becoming Obsolete », qui gagne du terrain avec l’essor de l’intelligence artificielle. Dans un article publié dans Le Monde en avril 2026, le chroniqueur Nicolas Santolaria parle d’une « crainte de ne plus être utile dans un monde professionnel bouleversé par l’IA ». Selon une étude de la Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents, 16,3 % des emplois en France pourraient être menacés dans les deux à cinq prochaines années. Une peur de l’inconnu qui renforce le « job hugging ».

La crainte existe, mais elle ne résume pas à elle seule le rapport des cadres à l’IA. Dans l’étude Ifop publiée avec le baromètre 2025 de Randstad Professional, près d’un cadre sur cinq se déclarait prudent à son égard, tandis que 58 % lui associaient des émotions positives, notamment la curiosité et l’enthousiasme. Le FOBO traduit donc moins un rejet de l’IA qu’une question devenue centrale : comment continuer à trouver sa place dans un travail en pleine transformation ?

faut-il (encore) attendre avant de bouger ? 

En réalité, le tableau est moins apocalyptique qu’il n’y paraît ! France Travail, qui s’appuie sur une étude menée par la Commission de l’intelligence artificielle, rappelle que dans 19 emplois sur 20, certaines tâches restent difficilement automatisables. L’économiste Axelle Arquié assure, dans un article publié dans Le Monde, que l’IA transforme davantage les tâches qu’elle ne supprime les métiers. D’ailleurs, 85% des cadres interrogés dans notre étude Ifop 2025 estimaient que l’IA allait transformer leurs tâches professionnelles et 68% que les profils capables de bien l’utiliser seraient mieux rémunérés demain. Comme le résume Yann Ferguson, docteur en sociologie à Inria, nous sommes passés du « robot qui automatise » à « la machine qui assiste ».

En cela, le véritable enjeu n’est donc pas de courir après le métier qui « résistera » à l’IA, mais de développer des compétences capables d’évoluer avec elle. Autrement dit : la sécurité professionnelle ne consiste peut-être plus à rester au même endroit… mais à rester employable. 

D’autant que le marché de l’emploi des cadres n’est pas à l’arrêt. L’Apec anticipe par exemple 305 800 recrutements de cadres en 2026 (+4%). 

Le directeur général de Randstad Professional précise d’ailleurs dans le baromètre des salaires cadres 2026-2027 : 

Citation Randstad Professional marche de l'emploi cadres en 2026-2027

Pour sortir du « job hugging », la stratégie n’est donc pas de démissionner sur un coup de tête, mais plutôt de recommencer son travail de veille. Cela signifie mettre son CV à jour, réactiver son réseau, identifier les compétences recherchées, se renseigner sur les salaires, passer quelques entretiens « pour voir ». Bref, tester le marché. 

En conclusion, changer d’emploi n’est pas nécessairement un saut dans le vide. Cela peut être une démarche progressive, préparée à l’avance et réversible jusqu’au moment de signer le contrat ! Car il existe une différence fondamentale entre choisir de rester et rester parce que l’on a peur de partir. Dans le premier cas, on maîtrise encore sa trajectoire. Dans le second, c’est la peur – souvent une mauvaise alliée – qui fait office de conseiller carrière. 

et plus encore : 

Vous hésitez encore entre rester, changer d’entreprise ou changer de voie ? Découvrez les signes qui peuvent vous aider à faire le bon choix :  changer de travail ou d’entreprise : les signes pour faire le bon choix. 

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